Kangaroo Island

L’isolement géographique de Kangaroo Island a contribué à préserver les espèces endémiques des maladies et des prédateurs importés d’Europe. Ainsi, la faune y est abondante et après adaptation, de nouvelles espèces ont vu le jour ici, comme le kangourou de Kangaroo Island, plus robuste que le kangourou gris du reste du continent. L’île fut d’ailleurs baptisée ainsi par un explorateur anglais, après que son équipage ait tué un grand nombre de kangourous pour se nourrir.

23 espèces ont également été introduites sur l’île pour les protéger d’une éventuelle disparition, comme le koala en 1923 et l’ornithorynque en 1928. Bref, encore une fois, l’homme ne peut s’empêcher de jouer à Mère Nature…


A Cape Jervis, nous prenons le traversier à 19:00, pour une petite demi-heure. Pas de chance, les vagues sont grosses et la traversée, si courte soit-elle, est du coup désagréable. Nous arrivons à Kangaroo Island, plus précisément à Penneshaw, de nuit et dans le froid. Nous n’irons pas plus loin ce soir, nous nous garons dans un parking, caché de la route. Un coup de fil à la famille en France et au lit!

Le lendemain, nous nous rendons directement à Kingscote, la plus grande ville de l’île, avec ses 1600 habitants. Une erreur de jugement d’André lors d’un demi-tour nous fait prendre un trottoir, crevant un pneu comme une bulle de chewing gum. Evidemment, nous sommes dimanche et le garage de la ville est fermé, mais heureusement, la roue de secours semble solide. Nous décidons donc d’attendre les environs d’Adélaïde pour acheter un nouveau pneu, ça nous coûtera moins cher qu’ici. Mais du coup, comme les routes de l’île ne sont pas toutes bitumées, nous nous devons d’être doublement prudents.


Nous commençons par visiter l’Island Beehive à Kingscote, une fabrique de miel, produit par des abeilles liguriennes. L’île abrite la seule souche pure de cette espèce, importée dans les années 1880, de la province italienne la Ligurie. Ainsi protégées par l’éloignement, il est interdit d’amener du miel d’un autre état, afin d’éviter une « contamination ». Mais l’ayant su au dernier moment, j’avoue que nous avons passé outre, car j’ai encore en travers de la gorge, mon kilo de pommes laissé à la frontière de l’Australie-Méridionale! Ici, nous apprenons beaucoup de choses très intéressantes sur les ruches en général, notamment sur la hiérarchisation et le rôle de chaque abeille au sein de la ruche. Nous avons également la possibilité de déguster plusieurs miels et nous achetons un pot, encore une fois, à manger d’urgence avant le passage dans l’état de l’Australie Occidentale.

Nous allons ensuite sur la côte nord de l’île, à Emu Bay, une jolie plage de sable blanc, sur laquelle nous nous promenons un peu entre 2 averses, avant de rejoindre Parndana, une ville au centre de l’île, où nous prévoyons de passer la nuit. Nous en profitons pour faire une lessive générale, qui évidemment, n’a pas eu le temps de sécher avant la nuit, et c’est avec nos vêtements pendus au dessus de la tête que nous nous couchons. En effet, la laine mérinos n’a qu’un seul inconvénient: comme toutes les laines, elle ne passe pas en sécheuse!

Le lendemain, il fait enfin beau temps et nous pouvons attaquer la visite du parc national Flinders Chase, à l’extrémité de l’île. Dans celui-ci se trouvent 2 attractions principales de formations rocheuses, et nous commençons par l’Admirals Arch. Il s’agit d’une jolie arche, mais sur le site, ce n’est pas celle-ci qui retient notre attention, mais plutôt la colonie de phoque à fourrure néo-zélandais qui y a élu domicile. Nous en avons déjà vu en Nouvelle-Zélande, mais nous apprenons ici à différencier ces phoques des lions de mer australiens, qu’on peut également apercevoir sur Kangaroo Island, à Seal Bay. La fourrure des phoques néo-zélandais est beaucoup plus épaisse que celle de ses cousins australiens, empêchant ainsi leur peau d’être mouillée. En conséquence, ils sont obligés de se tremper régulièrement pour se rafraîchir.

Nous nous rendons ensuite aux Remarkables Rocks, de grosses billes qui semblent posées sur un rocher lisse, au dessus de la falaise. Celles-ci ont été formées de la même manière que le fameux Ayers Rock que nous verrons plus tard dans le désert. Il y a plus de 500 millions d’années, une poche de magma remonta jusqu’à une dizaine de km de la surface de la terre, qui en refroidissant très doucement, se fractura en couches. Au fil du temps, les couches sédimentaires à sa surface se sont érodées, laissant apparaître le dôme magmatique, lisse par rapport aux alentours. La première couche de magma exposée subit alors des infiltrations d’eau, selon des fractures verticales, formant ainsi ces blocs granitiques. Lorsque ceux-ci seront totalement érodés, la couche suivante subira le même sort. Ces roches aux formes particulières sont de plus, recouvertes d’un lichen orange du plus bel effet.

Après le pique-nique où nous sommes harcelés par des Magpie qui voudrait bien leur part de croque-monsieur au barbecue, nous sortons du parc pour rejoindre Vivonne Bay, une jolie plage. En route, nous croisons tout de même nos premiers kangourous de l’île, mais malheureusement, ils semblent être dans un pâturage entouré de grillages. Mais où sont donc ces fameux kangourous sauvages, censés pulluler sur ce bout de terre? Il doit pourtant y en avoir beaucoup si nous nous référons à la quantité de cadavres et de carcasses que nous croisons sur le bord de la route. En effet, sans prédateurs, les accidentés de la route se décomposent bien doucement, et ce n’est pas les tas d’os qui manquent!

Nous croisons également mes premiers échidnés sauvages! Souvenez-vous, ces gros hérissons de la famille de l’ornithorynque dont j’ai déjà parlé. Nous les apercevons depuis le van, mais les 2 premiers ont été plus rapides à se cacher que nous à sortir du véhicule. Pauvre 3ème, nous ne le lâcherons pas avant d’avoir un belle photo. Il avait pourtant bien essayé de se cacher la tête dans des buissons, seule partie non protégée par des piquants, mais c’était sans compter ma ténacité et ma résistance aux moustiques!

Le lendemain, après avoir à nouveau passé la nuit sur le parking de Parndana, nous nous rendons à Seal Bay pour voir les lions de mer australiens. Entre 1803et 1836, ils furent chassés pour leur huile et leur peau et pratiquement toutes les colonies de lions de mer australiens furent décimés. Ils ont maintenant trouvé un refuge idéal dans cette baie, et ainsi, bien que des individus puissent aller se reposer sur d’autres côtes, la colonie reste en général ici pour se reposer, se reproduire et mourir. Nous sommes chanceux, il y a même des bébés en ce moment!

Un squelette de baleine comme peluche…

Nous allons ensuite au Little Sahara, de jolies dunes de sable blanc, prises d’assaut par des « surfeurs » sur sable, avant de rejoindre American River, pour assister au nourrissage des pélicans.

Nous sommes en avance par rapport aux horaires indiqués dans le guide, et heureusement car, en fait d’un véritable nourrissage, nous voyons arriver un pêcheur, un seau rempli de déchets de poissons. Nous n’avons pas le temps de descendre du van que le seau est déjà vide, les pélicans ayant déjà plein de poissons en travers du gosier.

Notre retournons ensuite à Penneshaw, où nous joignons un ranger, pour rencontrer les fameux manchots pygmées. Du haut de leurs 30 cm, ils représentent la plus petite espèce de manchots. Lorsqu’ils chassent en pleine mer, leur plumage bleu du dos leur permet de passer inaperçus vis à vis des prédateurs aériens, tandis que leur ventre blanc les protègent des prédateurs marins qui n’y voient qu’un reflet du soleil à la surface de l’eau.

Nous avons passé 3 belles journées sur cette île, où nous avons tout de même fini par voir des kangourous sauvages. La boucle est bouclée, nous sommes maintenant prêts à repasser sur le continent. Nous reprenons le traversier le lendemain matin, bien avant le lever du soleil!