Puerto Madryn et la péninsule Valdès

Encore une nuit de plus dans un bus, mais cette fois-ci dans des sièges peu confortables, qui nous rendent heureux d’arriver à Puerto Madryn, petite destination balnéaire à plus de 1000km au sud de Buenos Aires et aux portes de la péninsule Valdès. Fondée par les gallois en 1886, elle a été nommée en honneur à Love Parry, baron de Madryn. L’économie de cette ville repose sur la pêche, la production d’aluminium et sur le tourisme.

En effet, Puerto Madryn attire les foules de juin à décembre, car elle accueille dans les eaux profondes et protégées de son golfe Nuevo, les baleines franches australes. Nous sommes donc en plein dans la saison intéressante et pour une fois, nous avions donc pris soin de réserver un hôtel, mais une mauvaise interprétation de mon mail nous a fait passer notre chambre sous le nez. Nous devons donc improviser et nous nous retrouvons avec certainement la dernière chambre double encore libre de la ville, avec un prix en conséquence.

Pour la première journée, nous n’échappons pas à la masse, et nous décidons de nous rendre à la péninsule Valdès. Elle a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1999. Comme le reste de la Patagonie qu’il a survolé durant de nombreuses années, celle-ci aurait inspiré Antoine de St Exupéry dans sa rédaction du Petit Prince. L’île de Los Pajaros, au niveau de cette péninsule, serait d’ailleurs le dessin du « boa ayant mangé un éléphant » (ou bien serait-ce un chapeau?).

Abritée des pluies par les Andes et bénéficiant de son environnement marin, elle présente un climat semi-désertique et frais. On y trouve donc une végétation particulière assez rase et une faune terrestre relativement pauvre, avec des maras (ou lièvre de Patagonie, l’un des plus gros rongeurs existant), des guanacos par milliers (4ème et dernière espèce de camélidés sud-américains que nous découvrons enfin), des nandous de Darwin (cousins des émeus et autruches, gris et assez petits), ainsi que des renards gris, moufettes…mais que nous n’avons pas vus.

Cependant, sa faune marine est extrêmement abondante et nous commençons donc la journée par un petit tour dans le golfe Nuevo, pour rencontrer les baleines franches australes. Engoncés dans un épais poncho ciré et dans un gilet de sauvetage empêchant tout mouvement de cou ou de bras, nous embarquons dans un petit bateau à moteur. Ces baleines viennent donc chaque année se reproduire et mettre bas dans cette zone aux eaux profondes et protégées. Elle peuvent mesurer jusqu’à 19m de long et peser jusqu’à 80 tonnes et pour la petite anecdote, sachez qu’il s’agit de l’animal qui possède les plus gros testicules, avec près de 500kg chacun! Les baleineaux, quant à eux, mesurent 5m de long à la naissance et boivent environ 200L de lait par jour…De même que les 2 autres espèces de la famille des « vraies baleines (Eubalaena) », sa particularité repose sur les callosités de sa tête, où se fixent des crustacés parasites. Comme les ailerons des dauphins, ces callosités sont propres à chaque individu et permettent donc de les reconnaître. Depuis une quinzaine d’années, ces baleines doivent faire face à un nouveau problème sur les côtes de Patagonie. De plus en plus nombreuses, les mouettes ont en effet appris à se nourrir différemment, en leur picorant la peau lorsqu’elles remontent à la surface, leur causant ainsi de larges plaies…

 

Bien que nous ayons été prévenus, je dois dire que nous ne nous attendions pas à voir autant de baleines, et d’aussi près. Nous avons ainsi croisé le chemin de nombreuses mères, éduquant leur nouveau-né. La jeune mère montre à son petit et ce dernier la mime: une nageoire ou une queue par ci, une tête par là, cela n’en finit plus, nous ne savons plus où donner de la tête!! Nous avons même droit à quelques sauts, dont un par un bébé, à seulement quelques mètres de notre bateau, nous sommes aux anges! Une mère et son petit viennent également juste en avant de notre bateau – nous pourrions presque les toucher – et semblent nous observer avec curiosité: la mère sort la tête, puis le bébé, puis à nouveau la mère…Le bateau tangue beaucoup, nous nous cramponnons à la rambarde et essayons tant bien que mal de faire des photos avec un horizon droit, mais qu’importe, il s’agit là d’un moment privilégié et nous en avons tous conscience. Simplement magique!

 

Voici donc maman à gauche et bébé à droite!

Après une heure ½ chargée d’émotion, nous retrouvons la terre ferme. Nous nous rendons ensuite jusqu’à une colonie d’éléphants de mer. Ces phoques doivent leur nom de l’imposant appendice des mâles adultes, qui ressemble en effet à une petite trompe d’éléphant. Ils peuvent atteindre 7m de long et peser plus de 3,5tonnes. Ces animaux passent la plus grande partie de l’année dans l’eau et certains individus peuvent plonger jusqu’à 1500m de profondeur et rester en immersion plus d’une heure!

La péninsule Valdès accueille l’unique colonie de reproduction d’éléphants de mer d’Amérique du Sud. Les mâles dominants peuvent avoir entre 50 et 100 femelles dans leur harem et doivent donc combattre en permanence pour conserver leur titre et leur territoire. Nous arrivons sur place à peine 5 minutes après la naissance d’un bébé. Les mouettes se battent encore avec le placenta, mais en quelques minutes, il n’en restera plus aucune trace. Nous observons alors les femelles se lancer maladroitement de petits graviers sur le dos pour se protéger du soleil.

  

Nous allons ensuite rendre visite à une colonie de manchots de Magellan. Cette espèce niche exclusivement au sud de l’Amérique du Sud. 45cm de haut, noir et blanc, il est reconnaissable par la ligne noire sur son torse. Après avoir passé l’hiver dans l’eau, les mâles retrouvent la terre ferme pour construire leur nid et terrier. Les femelles choisiront ensuite le nid qui leur semble le meilleur. Les 2 conjoints se relaient pour couver le ou les oeufs et pour s’occuper des nouveaux-nés, pendant que l’autre part chasser en mer.

Nous en voyons ici quelques uns, mais le lendemain, nous nous rendons à Punta Tambo, au sud de Puerto Madryn, qui accueille la plus grande colonie de ces manchots, avec plus de 5000 individus. Une passerelle permet de se promener au milieu d’eux sans les déranger. Il y en a de partout, à perte de vue et nous constatons qu’ils ne sont pas tous au même stade de reproduction. Alors que certains couvent déjà leur future progéniture, d’autres copulent encore, alors que d’autres, des mâles, s’activent et partent à la recherche de la plus belle brindille ou du plus beau caillou pour leur nid, appelant désespérément ces dames en poussant cris puissants ressemblant aux braiements d’un âne. Quoi qu’il en soit, nous ne nous lassons pas de les regarder se dandiner, marchant comme des petits pantins maladroits. Certains, plus curieux ou plus agressifs je ne sais pas, viennent à notre rencontre et nous forcent à reculer, de peur d’un coup de bec. En observant une guide, nous apprenons la parade infaillible: en leur montrant notre semelle de chaussure, ils se désintéressent de nous…

  

André se faisant courser par un manchot

Les côtes de la péninsule Valdès accueillent également des orques, mais malheureusement, nous sommes 2 semaines en avance sur leur agenda. Ils n’arriveront en effet dans la région, que lorsque leurs mets préférés, les bébés éléphants de mer ou phoques, apprendront à nager…Je dois avouer que nous aurions beaucoup aimé assister à ce cruel spectacle de la nature, où l’épaulard vient s’échouer sur la plage pour y prendre son repas…

Au cours de l’excursion du deuxième jour, nous étions également supposer voir des dauphins noirs et blancs de Commerson, mais pas de chance, la sortie en mer a été annulée pour cause de vent et donc de vagues. Dommage!

Pas le temps de rester davantage, nous poursuivons notre route vers le sud.