Notre merveilleux voyage tire à sa fin et le Puy de Dôme se profile déjà dans notre horizon, mais il nous reste encore une escale, que nous attendons depuis très longtemps déjà, sans pour autant avoir hâte d’y être: la mystérieuse île de Pâques!
Située à 3760km du Chili, 4100km de Tahiti, 2000km de l’île Pitcairn, Rapa Nui de son nom officiel polynésien, est l’île la plus éloignée de toute terre habitée. Cette isolation contribue certainement au mystère que nous lui vouons, mais cela a également joué un rôle dans son histoire. Si cette dernière est toujours mal connue, la théorie la plus vraisemblable serait la suivante.
Les premiers colons, polynésiens, seraient probablement venus des îles Marquises entre l’an 300 et 800. Le roi Hotu Matu’a, vaincu donc banni de son île, aurait envoyé 7 fils de chefs comme éclaireurs, par la suite honorés par l’érection de 7 moaïs, les seules statues non situées en bord de mer et regardant vers le large, vers leur terre natale. Il arriva à son tour sur ce bout de terre, avec femme, enfants, sa suite, des animaux et des plantes, pour former une nouvelle dynastie. Mais angoissés d’être si loin de tout – tellement loin de tout que la courbure de la Terre est visible lorsque l’on regarde l’horizon – seuls sur cette petite île, ils commencèrent à sculpter des statues en pierre, les fameux moaïs, représentant leurs ancêtres importants, protecteurs de leur peuple. Bien que n’ayant aucune signification divine, ces statues sont érigées sur des ahu, des plateformes cérémonielles, face tournée vers les terres pour continuer de répandre leur mana, leur force, sur leurs descendants.
Au cours de la première phase pascuane, entre 900 et 1680, 10 à 12 tribus se seraient partagé l’île. De plus en plus de moaïs, symbole de la puissance de chacune d’entre elles, sont sculptés dans le flanc du volcan Rano Raraku. Mais entre 1680 à 1864, de nombreuses guerres internes entre tribus sévissent, et ce culte voué aux ancêtres s’arrête assez brutalement. A ces conflits s’ajoutent certainement la surpopulation de l’île qui entraîna la diminution des ressources, donc l’affaiblissement des peuples, ainsi que la disparition des arbres nécessaires au déplacement des statues. Quoi qu’il en soit, au XVIIe siècle, le culte de l’homme-oiseau (photo à gauche) prend alors son envol, permettant à chaque tribu d’avoir sa chance de concourir pour le titre de chef de l’île, pour une année.
Arrivent alors les premiers explorateurs étrangers, début de la chute libre du peuple pascuan. En 1722, J. Roggeveen, hollandais, découvre Rapa Nui le jour de Pâques et se veut des airs de conquérant. En 1770, c’est au tour du Pérou de prendre possession de l’île au nom du roi d’Espagne. 1786, la France débarque avec La Pérouse. Les expéditions s’enchaînent jusqu’à la moitié du XIXe siècle, pillant l’île et réduisant son peuple à l’esclavage. En 1863, le Pérou revient à l’attaque et emmène de force la grande majorité des habitants de Rapa Nui pour les faire travailler en Amérique du Sud dans des conditions effroyables. Les récalcitrants sont tués. Sous la pression de la France (ou plutôt de Tahiti) et du Chili, les quelques 20% des Pascuans toujours en vie sont finalement relâchés, et renvoyés chez eux. Dernier coup de massue pour ce peuple, un grand nombre de survivants des mines péruviennes meurent de la variole au cours du voyage, et les 15 seuls rescapés la transmettent aux derniers habitants de l’île. Ils ne sont qu’une centaine à survivre.
Mais ce n’est malheureusement pas fini…En 1870, des explorateurs divisent la population, beaucoup partent. Un aventurier français, Dutrou-Bornier se proclame roi et continue d’exploiter ce peuple plus qu’affaibli. En 1888, Rapa Nui devint officiellement chilienne et l’Angleterre loue des terres pour l’élevage de mouton jusqu’en 1952. Comble de l’injustice, les Pascuans sont alors cloisonnés à Hango Roa, actuellement la seule ville de l’île, alors que les moutons broutent eux, librement, à l’extérieur des barbelés. Tenez-vous bien, ce n’est qu’en 1960 qu’ils retrouvent leur liberté, et en 1966 qu’ils obtiennent le droit de vote…
Si loin de tout et malgré tout tellement persécutés au cours de leur existence, ils sont maintenant réticents à l’installation d’étrangers sur leur sol. Ainsi, seuls les Pascuans peuvent posséder une terre. Cependant, nous ne tarderons pas à nous apercevoir que ce peuple a su malgré tout, garder le sens de l’hospitalité propre aux polynésiens.

