Pour notre 2ème journée sur l’île de Pâques, nous projetons d’en faire le tour…à vélo. Mais nous ne sortirons finalement même pas de la ville, car la pluie commence déjà à tomber et mes cuisses à souffrir des 22km marchés la veille. Bref, nous rendons nos bicyclettes et louons une voiture. Sage décision!
L’île dénombre 887 statues, réparties sur l’ensemble du territoire, mais certaines seraient encore enfouies, montant à un millier le nombre de moaïs sculptés. Nous débutons notre découverte du nord de l’île, par Anakena, l’une des 2 seules plages de l’île. C’est sur ce sable blanc qu’aurait débarqué le premier roi, Hotu Matu’a. On y trouve les seuls cocotiers de l’île, importés de Tahiti en 1960, ainsi que l’ahu Nau-Nau et ses 7 moaïs, parfaitement conservés grâce au sable dans lequel ils étaient enfouis. Redressés en 1978, 5 sont encore intacts et 4 ont encore leur pukao, leur chapeau de scorie rouge. Certains présentent des gravures dans leur dos et nous remarquons même une tête de moaï, probablement cassé au moment du redressement et recyclé comme pierre pour l’édifice de l’ahu. Plus loin, une autre statue est toujours par terre, face vers le ciel cette fois. Encore plus loin, une autre est dressée sur son ahu. Sous cette dernière, caché dans le sable, les archéologues ont déniché un indice important: un oeil!
Ce premier contact avec des moaïs loin de la ville, nous fait prendre conscience que nous sommes bien sur l’île de Pâques, tant de fois vue en photo ou dans des documentaires à la télévision. Ces colosses de pierre aux lèvres pincées, au nez épais et aux longues oreilles, contemplent l’intérieur des terres d’un air résigné. Ils ont été érigés pour répandre leur mana sur leurs descendants, ils le répandront donc et tant pis pour la vue magnifique de la plage, à laquelle ils tournent le dos.
Nous continuons notre route jusqu’à la plage Ovahe, censée être de sable rose, puis jusqu’à l’ahu Te Pito Kura, non restauré, aux statues tombées telles des quilles de bowling. Avec ses 9,80m de long, c’est ici que se trouve le plus grand moaï jamais érigé. Pour preuve de son redressement antérieur, des orbites profondes ont été creusées. On trouve également sur ce site « le nombril du monde », une pierre ovale polie ressemblant à un oeuf, ayant probablement un rapport avec la naissance. On nous avait dit qu’un grand champ magnétique se trouvait au niveau de cette pierre, rendant folles les boussoles, mais celle de notre ami Garmin conserve invariablement son nord…Plus loin, les pétroglyphes de Papa Vaka nous laissent de pierre: nous y distinguons bien un poulpe et un requin, mais que dire des soit-disant chaloupes, tortues, hameçons…?
A gauche, le plus grand moaï ayant été érigé; à droite, un poulpe et des hameçons?
Enfin, nous arrivons au site le plus célèbre, l’ahu Tongariki. Ses moaïs, n’ont pas échappé aux guerres des clans et ont donc, eux aussi, été mis à terre, mais ils trônent aujourd’hui, à nouveau fièrement alignés, sur le sommet de leur talus de terre et de pierre de 200m de long. Ils sont 15 et nous nous sentons maintenant vraiment tout petits face à ces géants. Ils sont tous différents, plus ou moins grands, plus ou moins costaux, selon la période à laquelle ils ont été créés, le sculpteur, la tribu…Un seul a retrouvé son couvre-chef et nous pouvons voir certaines mains sculptées, croisées sur la panse de leur propriétaire. Les autres pukaos sont éparpillés à terre.
Nous continuons la route en direction de Hanga Roa, visitons d’autres vestiges d’ahus, puis nous terminons la journée par la carrière Puna Pau, où sont fabriqués les pukaos. Tous les chapeaux ont donc été sculptés dans ce volcan de scorie rouge, situé au centre de l’île, avant d’être transportés vers l’ahu, où ils coifferaient leur moaï. Ils sont ici taillés grossièrement et perdaient un tiers de leur volume durant le transport, à cause du phénomène de frottement. Une fois arrivé à destination, le sommet du chapeau était finalisé, avant de rejoindre le crâne de la statue.
Voici donc 2 nouveaux mystères: comment ces pierres de plusieurs tonnes étaient-elles déplacées sur une distance aussi longue, et comment étaient-elles hissées sur les moaïs, sachant qu’elles ne sont pas « scellées » au crâne?
Concernant ce premier point, la même interrogation se pose pour le transport des moaïs eux-mêmes, et plusieurs théories ont été émises. Parmi les plus probables, des troncs d’arbres auraient pu être utilisés pour faire rouler les statues couchées; cela expliquerait également la disparition massive de ceux-ci. Une fois au niveau de l’ahu, elles auraient été redressées par l’accumulation de petites pierres sous celles-ci, les faisant se relever progressivement. Elles auraient également pu être transportées debout en les faisant pivoter à l’aide de cordes, vers la droite puis vers la gauche, pour les faire « marcher ». Les pukaos, quant à eux, seraient, soit « fixés » à l’aide de cordes sur le sommet du crâne du moaï avant que le tout soit relevé, soit hissés sur celui-ci, une fois la statue debout, encore une fois à l’aide d’une montagne de petites pierres.
Les moaïs sont sculptés dans la roche, faite de tuf et de cendres compressées, du volcan Rano Raraku que nous visitons le lendemain. Il s’agit là sans aucun doute du site qui nous a le plus fascinés. En effet, des centaines de statues, terminées ou en cours de fabrication encore encastrées dans la roche, parsèment les flancs de cette montagne. Certaines sont à moitié ensevelies, d’autres ont été dégagées, d’autres se distinguent à peine dans la falaise, signe que le travail venait tout juste de débuter, d’autres encore ont été abandonnées un peu plus en contrebas, au cours du transport vers leur ahu. Leurs yeux sont peu creusés et leur tête est nue, puisque tout cela doit être finalisé sur l’ahu. On trouve ici différents styles de moaïs, mais fait étonnant et unique, l’un a été sculpté avec des genoux et probablement une barbe. Sur ce site gît également le plus grand moaï jamais sculpté, avec près de 22m de long! Il ne fait encore qu’un avec le flanc de son géniteur, mais il est de toutes façons fort probable qu’il n’aurait pas pu être déplacé sans être cassé! Plus encore ici qu’ailleurs sur l’île, le temps semble s’être figé. Les moaïs nous donnent l’impression d’attendre patiemment qu’on les termine, qu’on les envoie là où ils pourront jouer leur rôle.
Voici donc encore un dernier mystère: pourquoi ce culte des moaïs s’est-il arrêté si brusquement? Les guerres entre tribus ont certainement été le facteur déclenchant, mais s’agit-il d’une perte de croyance envers le mana de ces ancêtres qui étaient censés les protéger, d’un peuple devenu trop faible, physiquement et en nombre, pour continuer de « perdre du temps » à sculpter et transporter des géants de pierre…?
Après la visite de ce site, nous partons en excursion à cheval, pour gravir le volcan Terevaka, le point culminant de l’île avec 511m. Nos montures sont bien moins dressées que celles de l’estancia de El Calafate et nous devons lutter pour qu’elles ne suivent pas les chevaux sauvages que notre cowboy décide de ramener chez lui. Le vent souffle tellement fort au sommet que nous ne restons que quelques minutes et profitons davantage de la vue panoramique sur l’île sur le trajet du retour. Nous profitons également de cette balade pour faire un arrêt à un dernier site, l’ahu Akivi, sur lequel se trouvent les seuls 7 moaïs regardant vers la mer, érigés en l’honneur des premiers explorateurs, envoyés par le roi Hotu Matu’a.
Enfin, vous commencez à nous connaître, la découverte de cette merveilleuse île n’aurait pas été complète sans un petit spectacle de danse traditionnelle. Nous constatons que celle pascuane est un mélange de danse maori, par la musique très entraînante et les chants puissants à en faire dresser les poils de bras, et de danse tahitienne par les mouvements de fesses de ces dames et de genoux de ces messieurs. Nous passons encore une très bonne soirée, immergés dans cette culture polynésienne que nous apprécions de plus en plus.
Il est ensuite temps de quitter ce bout de terre mystérieuse et de rejoindre les grosses villes du continent, où Valparaiso et Santiago seront nos dernières destinations avant le grand retour. Notre hôte nous ramène gentiment à l’aéroport et nous surprend beaucoup en nous offrant un cadeau de départ, un collier fait de coquillages et de plumes, une nouvelle tradition que nous découvrons maintenant, puisque beaucoup d’autres touristes arborent eux aussi ce genre de colliers dans la file d’attente du check-in. Cependant, si nous sommes fiers de le porter à l’aéroport, nous le retirons sitôt arrivés dans les rues de Santiago, où nous nous sentons tout de suite moins « cool »!
Merveilleuse Polynésie, nous reviendrons sur l’une de tes terres, sois-en sûre!










Bonjour Denise et Gérard,
je confirme, ils sont bien arrivés, ils sont en pleine forme. André a entrepris de retrouver son tour de taille du départ, Anne-Marie s’en charge !
j’ai trouvé cette visite de l’ile de Paques fascinante.belle conclusion a votre tour du monde.je vous écris ce commentaire meme si vous etes arrives en France.je compte les jours jusqu’a votre arrivée au Lac St Jean je vous embrasse virtuellement avant de pouvoir le faire pour vrai.Denise