Finalement, tout ne s’est pas terminé en beauté au Cambodge. Le trajet jusqu’à la frontière laotienne, ainsi que le passage de la douane ont été chaotiques. Pour vous donner une idée de l’organisation cambodgienne (et du sud-est asiatique par la même occasion), nous avons pris un minibus à 7:30, mais nous n’avons quitté Banlung qu’à 9:00, après avoir fait 36 détours et arrêts dans la ville pour récupérer des passagers, charger le minibus, essayer d’accrocher un sccoter sur le coffre…Bref, on arrive à Stung Treng, vers midi, où on doit changer de véhicule. A notre arrivée, les responsables nous annoncent qu’ils ne savent ni quand, ni comment ils vont nous emmener à la frontière. Finalement, une heure plus tard, on nous demande de nous entasser à 6 passagers (dont une femme enceinte) dans une voiture, dont les portières ne s’ouvrent pas de l’intérieur, qui ne possède évidemment pas de ceintures de sécurité et dont le volant est à droite (alors qu’on roule à droite). Nous essayons bien de protester avec l’autre couple de touristes, mais bon, c’est peine perdue. Heureusement, la route est dégagée et en bon état, et le trajet est court. A la frontière, nos papiers sont en règle mais malgré le visa laotien que nous avons eu tant de mal à avoir et qui nous a coûté cher, les douaniers nous demandent de payer en plus, 1$ chacun, à la sortie du Cambodge, puis à l’entrée au Laos. Ah la corruption, ah l’arnaque des touristes…que du bonheur! Le reste se fera heureusement sans mauvaise surprise et c’est avec joie que nous arrivons au Laos, plus précisément dans la région de Siphandone!
Dans cette région du sud du Laos, le Mékong se divise en une multitude de bras, formant ainsi une multitude d’îles, plus ou moins grandes, avec une végétation luxuriante. Siphandone signifie d’ailleurs « les 4000 îles » en lao. La plus grande de ces îles est Don Khong, mais comme elle est trop civilisée, elle nous intéresse moins que celles de Don Khône et Don Det, réputées pour être plus sauvages, malgré l’afflux de touristes.
Ici, la vie se la coule douce. Aucun conducteur de scooters ou de tuk-tuk pour harceler les pauvres touristes, les îles se parcourent à vélo et nous, nous adorons ça! Evidemment les guesthouses et restaurants se trouvent maintenant de partout et les blancs pullulent, mais ces îles gardent un caractère typique, avec des routes de terre et des poules qui courent partout. Nous nous réveillons d’ailleurs au chant (cri!!) des coqs et autre oiseau étrange, et ce, quelle que soit l’heure de la nuit. A croire que les coqs laotiens ont un soucis d’horloge interne!
Le premier jour, nous visitons les attraits de Don Khône, où nous avons établit notre camp de base. Nous louons une bicyclette de ville (pratique avec les routes en terre!!) pour nous rendre aux chutes Somphamit. Elles sont également appelées les chutes de « Li Phi », ce qui signifie « le gouffre des fantômes » en lao, car à l’endroit où elles tombent, se forme un cul-de-sac sans courant, où viennent s’échouer les épaves. Celles-ci étant déjà impressionnantes, nous sommes impatients de découvrir les plus grandes d’Asie du Sud-Est, les chutes de Pha Peng, surnommées « les chutes du Niagara du Mékong». Hautes de 15m, c’est vrai qu’elles sont spectaculaires, non pas par leur hauteur, mais par leur largeur, et pour le moment, elles sont encore entourées d’un peu de verdure!
Depuis ces îles, on peut également apercevoir quelques dauphins d’eau douce. En ayant déjà vu à Kratie au Cambodge, nous avons hésité puis finalement, afin de nous faire jalouser un peu plus par Elfie, nous nous sommes à nouveau laissés tenter. Cela permet également aux locaux de prendre conscience de l’importance de protéger cette espèce, qui attire tant les touristes et donc fait marcher l’économie locale. Nous avons constaté qu’il est plus difficile d’en voir ici, même si nous apercevons quand même quelques dos et ailerons. Cette population semble un peu plus dispersée qu’à Kratie, où nous avions l’impression que les dauphins restaient dans un périmètre assez restreint. Nous sommes quand même heureux de l’excursion!
Le deuxième jour, nous relouons un vélo pour nous rendre sur la deuxième île, Don Det. Elle est reliée à Don Khône par une ancienne voie de chemin de fer, construite dans les années 1920, pour contourner une zone du Mékong non navigable. Aujourd’hui, à l’exception du pont, il ne reste rien de cette petite ligne de 14km, qui servait à transporter passagers et marchandises d’une île à l’autre. Les habitants ont en effet totalement démanteler la voie ferrée, récupérant les rails pour en faire des clôtures. A première vue, nous trouvons Don Det un peu plus tranquille que Don Khône car les maisons et guesthouses ne sont pas réunies en village. Puis nous arrivons dans un coin de l’île que nous fuyons rapidement. Partout, des touristes se promènent en maillot de bain et paréo, des restaurants proposent des « space cookies », des auberges fleurissent au nom de « paradise » ou « peace and love »…Quelle horreur, j’en suis toute écoeurée. Mais pourquoi ravager un si beau coin, pour un genre d’ambiance qu’on peut trouver en méditerranée…?? Heureusement, à quelques coups de pédales de là, se trouvent encore des petites maisons de bois, au milieu de rizières, dont les habitants semblent avoir conservé leurs habitudes de vie. Mais encore une fois, pour combien de temps? Nous ne pouvons nous empêcher de penser à ce que nous ont dit des français rencontrés à Don Khône: ils étaient déjà venus ici il y a 4 ans, et à l’époque, il n’y avait rien, si ce n’est 1 ou 2 guesthouses et quelques tables en guise de restaurant. Il n’y avait pas non plus l’électricité et seuls des groupes électrogènes permettaient d’avoir de la lumière jusqu’à 22h. Maintenant, tout le monde mise sur le tourisme, abandonnant peu à peu l’agriculture et la pêche. Que va t-il se passer pour tous ces gens et pour leurs générations futures, quand le manque de pétrole fera chuter brutalement nos visites chez eux?
Pour l’heure, nous nous régalons de pouvoir enfin pédaler à loisir, au milieu des troupeaux de buffles, dans les rizières asséchées. Ici, pas de mines anti-personnelles, le seul risque de se faire mal est de tomber de vélo, comme une grosse larve, à l’arrêt!





Je n’adhère pas vraiment à la mode « je suis écolo, je ne mange que des racines bio et je me fais des dreads pour ne pas avoir à utiliser de shampoing polluant, mais je prends l’avion pour aller à l’autre bout du monde pour picoler… ». J’exagère mais honnêtement, la « peace and love » attitude, je trouve ça out 😉
C’est dommage, l’auberge « peace and love » avait l’air attirante pourtant! 😀
Mais je comprends bien que ça doit faire mal au coeur de voir ces changements opérés si vite, vous avez de la chance de pouvoir encore voir le côté authentique du pays!