Huaraz et la Cordillère Blanche (2)

N’ayant pas réussi à nous faire rembourser par l’agence, bien que l’erreur venait de leur part, le tour non voulu à Chavin, nous n’étions pas motivés pour repartir directement en excursion. Nous décidons donc de nous lancer dans une randonnée à la lagune Ahuac, dite « aisée et permettant de s’acclimater avant un trek » d’après le Lonely. Nous n’avons malheureusement pas encore assez de recul sur les 2 mois à venir pour partir plusieurs jours en trek, mais cette randonnée de 1000m de dénivelé nous tentait. C’est donc plein de confiance que nous prenons un petit bus local, pour nous déposer au départ du sentier. Et là, nous ne tardons pas à déchanter.

Dès le début, la pente abrupte nous coupe les jambes et le souffle et il en sera de même pour toute la randonnée. Plus nous avançons, plus l’altitude nous pèse et moins nous avons l’impression de progresser. A 4000m d’altitude, nous faisons notre pause pique-nique puis amorçons la redescente, mais dans un soubresaut de courage, nous refaisons demi-tour pour grimper plus haut. Les jambes se font de plomb, les poumons brûlent et pour chaque 50m avancés, nous avons besoin de reprendre notre souffle. Vaillamment, nous continuons sur cette lancée, regardant avec désarroi le sommet qui ne s’approche pas. Finalement, à 4400m d’altitude, soit à une centaine de mètres de l’altitude présumée de la lagune, nous décidons de rebrousser chemin. Nous voulons en effet être de retour avant la nuit, car sans lampe et absolument seuls sur ce sentier, nous ne voulions pas tenter le diable.

C’est donc avec un sentiment d’échec que nous abandonnons la partie, si près du but, mais si loin en même temps. Nous n’étions visiblement pas encore suffisamment habitués à l’altitude, nous ferons mieux la prochaine fois. Quoi qu’il en soit, la balade ne nous a pas déçus, car les paysages grandioses sur des pics de la Cordillère Blanche, sur la Cordillère Noire et sur Huaraz nichée dans la vallée, valaient le détour. De plus, nous avons adoré le silence et la tranquillité des lieux, loin de tout les autres touristes: en effet, nous n’y avons rencontré que 3 randonneurs, et 2 péruviennes gardant leur troupeau. Le bonheur! Dommage cependant, nous aurions aimé croisé les lapins angora qui sont censés peupler les champs, mais nous avons dû nous contenter de leurs crottes!

Pour le 3ème jour, nous changeons d’agence et réservons à nouveau un tour pour la lagune de Llanganuco (3850m d’altitude). Cette fois-ci, pas d’erreur, nous prenons soin de vérifier que nous sommes dans le bon bus!

Nous commençons par une dégustation de crème glacée dans la ville de Carhuaz, qui, comme chaque ville ici, possède une jolie petite place des armes. L’arrêt suivant est pour le cimetière de Yungay. De par sa situation au pied du mont Huascaran, plus haut sommet du Pérou (et le 3ème du continent américain) avec ses 6768m d’altitude, la ville fut détruite 3 fois, en 1730, 1962 et 1970, suite à des séismes. En effet, pour l’événement le plus récent, un violent tremblement de terre secoua la vallée, décrochant du mont Huascaran de grosses quantités de neige et de glace, qui tombèrent dans des lacs glaciaires. Un énorme coulée de boue descendit alors de la montagne, à une vitesse avoisinant les 200km/h. La ville fut quasiment rasée et plus de 20 000 personnes y laissèrent leur vie. Grâce à son étonnante structure en pièce montée, le cimetière, quant à lui, n’a pas été détruit. Mais ce n’est pas tant celui-ci que la vue dégagée sur le gigantesque mont Huascaran qui nous fascine.

   

Yungay et le mont Huascaran

Par une route mauvaise traversant de petits villages, nous arrivons ensuite à la lagune Llanganuco (Chinancocha ou « lagune femelle »). Celle-ci se trouvent dans le parc national de Huascaran, et résulte de la fonte des glaces des monts alentours. Elle se distingue par la couleur turquoise profonde de l’eau, et par la présence de quenoa (Polylepis), des arbres caractéristiques des Andes, dont l’écorce orange-rouge semble peler.

 

Enfin, après avoir enfin réussi à voir ce lac, nous redescendons dans l’un des petits villages croisés en route, pour nous restaurer. Nous nous régalons de spécialités locales à prix défiants toute concurrence: une truite grillée pour moi, et un picante de cuy pour André, ou autrement dit, un 1/2 cochon d’inde, servi avec tête et pattes. Eh bien figurez-vous que c’est très bon et que, de plus, c’est très pauvre en cholestérol, mais il faut bien avouer qu’il n’y a pas grand chose à grignotter dans cette petite bête!

Nous reprenons ensuite la route vers la belle Huaraz, que nous quittons avec regret le soir même. Nous aurions tellement aimé, nous aussi, faire partie de la catégorie des « touristes en attente ou en retour de trek », mais il faut se rendre à l’évidence, 2 mois ½ pour toute l’Amérique du Sud, c’est court et nous ne pourrons donc pas faire tous les treks qui se trouvent sur notre chemin, aussi tentant soient-ils!!