A la rencontre du condor des Andes

Nous quittons Nazca par un bus de nuit, et nous atteignons Arequipa au petit matin. Située à 2335m d’altitude, cette ville est la deuxième plus peuplée du Pérou, après Lima. Bien que nous en ayons tout de même profité pour visiter son centre historique, ce n’est pas la ville en elle-même qui nous a attirés ici, mais sa localisation, qui en fait une étape appréciable avant de rejoindre le canyon de Colca, à 160 km au nord de là.

Avec une profondeur de 3400m (avec son point le plus haut à 4160m d’altitude), soit plus de 2 fois la profondeur du Grand Canyon, il était autrefois considéré comme le canyon le plus profond du monde, avant d’être détrôné d’une centaine de mètres par un voisin. En son fond coule la petite rivière Colca, et il est bien difficile d’imaginer que c’est celle-ci qui a façonné ce paysage grandiose!

Une vendeuse d’appeaux à condors, en tenue traditionnelle de la région

Nous avions prévu d’utiliser les services d’une agence et donc d’un guide, pour partir en trek de 3 jours dans la région. Pas de chance, notre excursion a été annulée la veille au soir et afin de ne pas perdre une journée supplémentaire à Arequipa à attendre le départ suivant, nous choisissons d’y aller par nos propres moyens, tout en sachant que nous ne verrons pas tout ce que nous étions supposé découvrir avec eux. Nous nous rabattons donc sur l’option du bus local, qui nous dépose à Cabanaconde après 7 longues heures de trajet et de très nombreux arrêts. En effet, le bus ramasse et dépose des gens tout le long de la route et nous n’en finissons plus de voir embarquer et débarquer des baluchons aux couleurs vives, des fagots de bois, des sacs de riz ou équivalents…Nous sommes heureux d’arriver à la nuit tombée dans le petit village, perché à 3287m d’altitude, soit 1200m au dessus du fond du canyon et de s’y réchauffer au coin du four à pain du restaurant de notre auberge, devant un plat d’alpaga, au goût surprenant de…romarin.

Le lendemain matin, nous démarrons relativement tôt la randonnée qui nous permet de rejoindre la rivière Colca. 1200m de dénivelé, qu’il faut donc d’abord descendre avant de remonter. En chemin, nous croisons de nombreux groupes qui finissent la boucle de 3 jours que nous étions supposés faire avec notre guide, et qui achèvent ainsi la remontée du canyon. Il est à peine 8h du matin et ont déjà près de 3h de marche dans les pattes! Respect…Enfin, c’est ce que j’ai d’abord pensé en les voyant, mais je pense finalement que nous avons eu beaucoup plus de mérite qu’eux. Je m’explique.

Nous atteignons le fond de la vallée en 2 petites heures. A cet endroit se trouve « l’oasis », qui comme son nom l’indique, est un patch de verdure au creux des falaises. Nous nous reposons donc un instant auprès de la piscine, avant de décider d’attaquer la remontée. Grosse erreur! Il est maintenant 11h et le soleil tape fort, très fort même. Durant plus de la moitié de l’ascension, il nous est impossible de trouver le moindre recoin d’ombre et si André s’en sort bien, je souffre le martyr. Heureusement que nous avions suffisamment d’eau car la chaleur m’accable. A mi-parcours, soit 2 heures après avoir quitté l’oasis, un petit abri nous procure enfin de l’ombre pour pique-niquer et me sauve du malaise. Après cette pause, je me sens à nouveau d’attaque pour terminer la randonnée, et nous arrivons à la fin de l’ascension, un peu plus de 4 heures après le début de la remontée, ce qui finalement n’est pas si mal, compte tenu de ce qui était annoncé dans le guide! Quoi qu’il en soit, je me sens bête d’avoir suggéré de remonter aussi vite, car la nuit n’est tombée que plusieurs heures après notre retour à l’auberge!

Le lendemain, nous nous levons encore une fois très tôt et prenons un bus jusqu’à la Cruz del Condor, à quelques kilomètres de Cabanaconde. Comme son nom l’indique, c’est ici que niche le plus grand et le plus lourd oiseau terrestre, le condor des Andes. Avec ses 3m20 d’envergure, il ne dépasse cependant pas l’albatros hurleur (3m50 d’envergure), le plus grand oiseau marin. Pour la petite anecdote, nous avons appris par notre guide du Cotopaxi, en Equateur, que ces oiseaux choisissent leur partenaire pour la vie. Extrêmement fidèle, si sa conjointe décède, le veuf inconsolable volera le plus haut qu’il peut, avant de se laisser tomber, pour la retrouver au paradis des oiseaux…

Pour apercevoir des géants des airs, il faut donc se lever tôt, car à partir de 8h30, ils rejoignent leur nid pour laisser passer les grosses chaleurs. Sur les bons conseils de notre hôte, nous prenons donc la place de choix au mirador et sommes au rendez-vous pour leur (court) ballet aérien. Gigantesques, ceux-ci, bien qu’un peu timides ce jour, nous volent au dessus de la tête et dansent avec les courants d’air chaud. Un moment inoubliable, comme le jour où nous avons observé les albatros néo-zélandais. Nous ne pouvons cependant pas nous empêcher d’être un peu tristes pour tous les autres touristes, qui débarquent avec leur tour organisé, une fois le spectacle terminé…Ca a parfois du bon de galérer un peu et de voyager par ses propres moyens!

  

A gauche, le mâle avec sa collerette blanche; à droite, la femelle, grisâtre.

Nous reprenons ensuite la direction d’Arequipa, mais à bord d’un bus touristique cette fois-ci, qui non seulement fait quelques arrêts pour nous permettre de prendre des photos et visiter, mais également est plus rapide que le bus local de l’aller!