A la rencontre des moaïs (1)

Longue de 23km sur 12km de large, l’île de Pâques, 173km², est née de 3 volcans aujourd’hui éteints, lui donnant sa forme particulière de triangle isocèle: le Poike, le Rano Kau et le Terevaka, point culminant de l’île, avec seulement 511m…Elle forme de plus l’une des 3 extrémités du triangle polynésien, avec la Nouvelle-Zélande et Hawaii.

Nous atterrissons sur Rapa Nui, par le seul avion quotidien reliant Santiago de Chili à Hanga Roa, la seule ville. Un autre avion la relie également à Tahiti, faisant donc avec un cargo de ravitaillement, les seuls liens que cette île possède avec l’extérieur. Nous sommes accueillis par une personne travaillant dans l’auberge où nous avons réservé et nous avons la bonne surprise de recevoir un lei, un collier de fleurs, en guise de bienvenue. Cependant, à la différence de ceux d’Hawaii, pas d’orchidées ou de fleurs de frangipaniers odorantes, mais des fleurs de bougainvilliers et d’autres que je ne connais pas, rouges ou oranges.

Nous constatons ainsi rapidement que la végétation diffère énormément de ce à quoi nous avons été habitués sur les îles hawaiiennes. Pas de forêt luxuriante, pas de plantes tropicales, la surpopulation de la première période pascuane a complètement ravagé cet habitat. L’île est maintenant couverte de petites collines verdoyantes, dans lesquelles paissent librement des chevaux et des vaches, lui donnant un vague air d’Irlande.

Nous passons nos premières heures sur l’île dans le musée anthropologique Sebastian-Englert, du nom d’un père capucin allemand. Pas très grand mais extrêmement bien fait, nous apprenons beaucoup de choses sur ce peuple, dont une qui nous étonna beaucoup. Les Pascuans avaient en effet leur propre écriture, le rongo rongo, basé sur environ 120 signes mnémotechniques, sans rapport avec la langue parlée. Pour la lire, il est nécessaire de tourner la tablette sur laquelle les signes sont gravés, à la fin de chaque ligne.

Nous nous promenons ensuite dans le village, où même l’église est décorée de motifs polynésiens. Quelques moaïs ont été redressés en bord de mer sur leur ahu respectif. Il faut en effet savoir que toutes les statues ont été renversées, soit pendant la 2ème phase pascuane, période des guerres entre tribus, pendant laquelle les vainqueurs faisaient tomber les moaïs des vaincus, soit par la suite, par les intempéries. Toutes les statues possédaient des chapeaux (ou bien seraient-ce des chignons?), appelés pukao, en scorie rouge , ainsi que des yeux, faits de corail blanc, et d’obsidienne noire ou de scorie rouge pour les iris, disposés dans les orbites profondes. Celles-ci sont creusées une fois le moaï à son emplacement définitif. Cependant, bien que de nombreux chapeaux soient toujours au pied des ahus, à l’endroit même où ils ont roulé, après le renversement des statues, seuls 2 yeux ont été retrouvés, les autres ayant subi le sort des années.

  

Le lendemain, nous partons explorer la partie sud de l’île, formée par le volcan Rano Kau. Nous empruntons le sentier et commençons par visiter une grotte dans laquelle nous voyons des peintures du culte de l’homme-oiseau. C’est également ici que nous rencontrons nos compagnons, qui nous suivrons toute la matinée: 3 chiens. Sans que nous sachions pourquoi, ceux-ci nous ont choisis et n’ont pas lâché nos semelles (enfin, l’un d’entre eux s’est lassé voyant que nous ne le nourririons pas), sous l’oeil amusé des autres touristes que nous croisons.

La petite randonnée nous amène jusqu’au cratère du volcan de 324m de haut. La caldeira de 1600m de large, retient un lac qui constitue l’une des 3 seules réserves d’eau douce de l’île. L’eau est sombre et parsemée de patchs de verdures: le tableau est digne d’un Monet!

 

A ses côtés se trouve l’ancien village de Orongo. Lié au culte de l’homme-oiseau, lui-même associé à Make-Make, le dieu prédominant pascuan, cet ensemble de maisons n’est utilisé que pour les cérémonies, qui se déroulent entre août et septembre. En effet, de ce site, on domine 3 petites îles, sur lesquelles nichent des sternes. Chaque année, une course consistait à nager jusqu’à celles-ci, pour en ramener le premier oeuf (à l’origine du culte, il s’agissait d’un oeuf de frégate), considéré comme oeuf divin. Le premier participant qui retournait au village avec celui-ci, devenait Homme-Oiseau, donnant ainsi le pouvoir exécutif et spirituel de l’île à son chef, pendant un an. Ainsi, alors que jusqu’à maintenant, seul le roi de la tribu principale Miru avait le pouvoir, chaque tribu a maintenant sa chance, diminuant de ce fait en partie, les tensions entre chacune d’entre elles. On peut aujourd’hui voir de nombreux pétroglyphes à l’endroit du couronnement du vainqueur, représentant l’homme-oiseau et Make-Make.

 

L’après-midi, nous nous rendons sur un autre site, l’ahu Vinapu, qui de par sa localisation proche de l’eau potable du volcan et de par son accès à 2 faces de l’océan (intéressant lors des changements de courants), aurait certainement appartenu à la tribu la plus puissante de l’île. Les moaïs gisent toujours face contre terre, les chapeaux éparpillés au milieu des vaches et des chevaux. L’attrait de ce site réside dans l’un des murs de l’ahu, qui présente des pierres ajustées comme au Pérou, laissant donc supposer une rencontre entre les Pascuans et des hommes du continent, bien avant les premiers explorateurs connus…Encore un mystère donc!